«Je le crois vraiment, il est vital d'aborder chaque jour avec le désir d'être heureux.»
Augustin Paluel-Marmont

Chantal (Atelier d'Ecriture Créative ) (59 Lambersart)

Podium Debout bras tendus, sourire fendu, au faîte de sa gloire, il se berce des applaudissements qui crépitent en direction du podium. Enivrant, vertigineux, légitime. Tant d'efforts depuis si longtemps, tant de sacrifices.
Pourtant déjà sous cette houle d'hommages, dans ce tourbillon narcissique, s'insinue le doute. Il est allé si haut, si loin. Cet exploit était son moteur. Du fond de ce bonheur inouï monte la peur d'un lendemain sans projet. En descendant du podium, l'angoisse du vide le saisit. On l'embrasse, on l'étreint, il se réchauffe, comprend alors qu'il va grandir encore et s'inventer d'autres défis, porté par ceux qui l'aiment.
Chantal

Je n'ai rien oublié.

Elle trotte, trotte sous la pluie fine et pénétrante, sur ses vertigineux et périlleux talons aiguilles. En retard, légèrement essoufflée, un peu coupable, très pressée.
Dernier obstacle le carrefour embouteillé. Une trottinette en furie éclabousse son trench-coat crème. Dans sa tête se bousculent les moments épineux de sa journée de travail. Dans sa bouche se bousculent les mots d'excuse à présenter humblement pour son retard.
Ouf ! Le portail est encore ouvert. Elle se précipite un peu chancelante dans les interminables couloirs, témoignages d'une architecture en hommage au prestige de l'école républicaine de Jules ferry.
Son portable s'allume. C'est son chef, c'est incontournable et c'est vraiment pas le moment !
Au bout du couloir à côté du panneau de rappel des horaires de garderie apparaît le visage à la fois souriant et crispé de l'aide-maternelle. Valérie la toute dévouée avance une feuille à la main.
-Voilà, voilà je vous la donne tout de suite, il y tient absolument. c'était trop mignon, il a fait une vraie razzia de paillettes et de petits coeurs !
-Merci, désolée, à demain.. Euh, au revoir...
-Mais ... Madame ! Vous n'avez rien oublié ?
-Non non, je n'ai rien oublié ! Non Monsieur Dumont, ce n'est pas à vous que je m'adresse, j'ai effectivement fait une omission regrettable, je règle ça demain au plus vite...
-Désolée Valérie, je file, j'ai eu une journée de dingue, merci pour la feuille de cantine ...
-Mais ...
Clic clac les talons reprennent leur cadence infernale en direction de la sortie.
Encore le téléphone. Charlotte a mis une photo trop drôle sur Insta !
Derrière des piétinements tentent de la rejoindre. Et, soudain pétrie d'une honte sans recours, elle entend une petite voix tremblante et une autre rassurante:
-Ne t'inquiète pas Paul, maman ne t'a pas oublié, cours vite, on va la rattraper !

Le panier

Seul le panier du Petit Chaperon Rouge retient mon attention. Voilà en effet une mignonne fillette à laquelle sa maman remet en toute confiance un panier de douceurs pour Mère-Grand.
La petite traversera la forêt, rencontrera le loup vorace, devra récupérer Mamie dans les entrailles de l'animal.
Et les psychologues de se frotter les mains. Les contes étant une inépuisable source de lecture de l'âme.
Une enfant très tôt dédiée aux services ménagers. Une forêt obscure comme un cauchemar. Un loup qui dévore l'innocence. Un châtiment qui rétablit l'ordre.
Et le panier ?
Galette et pot de beurre. Un peu riche en matière grasse fustigerait un nutritionniste !
Chantal

Le parapluie

Autrefois était le parapluie.
Dans l'entrée de la maison, les dernières gouttes oubliées, rangé dans le porte-parapluie où il frayait avec d'élégantes cannes au pommeau ciselé, le parapluie revendiquait raffinement et élégance. Souvent noir et soyeux, il déployait la majesté de sa belle ampleur.
Petit à petit, il s'est transformé. Le modèle télescopique a remporté un vif succès et le parapluie nouveau s'est coloré , agrémenté de motifs parfois facétieux. Surtout hélas, il s'est révélé capricieux et fragile. Pratique mais sans âme.
Aujourd'hui est la capuche.
Elément incontournable d'un style décontracté et sans chichis elle s'impose à la ville comme à la campagne.
Souvent sombre et molle, elle recouvre la boîte crânienne, dissimule parfois le regard dessinant ainsi une fugace image vaguement inquiétante.
Et l'on en vient à regretter les rigides baleines du vieux parapluie...
Nostalgie, quand tu nous tiens !

LE LIVRE - Comme beaucoup de curieux, à la nuit tombée, je jette dans les maisons un œil indiscret, furtif et vaguement coupable.
Et, parfois, je vis un moment de grâce. À la faveur d'un éclairage doré, je devine le visage attentif d'un lecteur adossé à une vaste bibliothèque chargée de toutes ses passions.
Me voilà chez des amis, chez moi. Une fois encore me parvient la magie des pensées partagées, des mots qui libèrent, des rêves autorisés et qui s'écrit sur ces livres entrevus.
De plus en plus souvent, leurrée par de trompeurs emballages de jeux, de films ou de musique qui ont volé la place des livres sur les étagères, je vacille de déception, au bord de l'amertume.
Et puis, je me ressaisis, car ainsi va le monde...
Chantal

VERTES PRAIRIES - Que fait-on dans les vertes prairies ?
On gambade, on cueille quelques fleurs sauvages, on éparpille les graminées ?
Je crois plutôt que les vertes prairies sont le rêve récurrent du contemplatif. Il se projette en ami de la nature, se retrouve enfant, espère un retour à une animalité perdue.
Pour ma part, au-delà de ces échappées imaginaires, j'ai été vite rattrapée par des réalités triviales.
La nature est envahie de vilaines bêtes qui piquent. Ce qui pousse vert peut gratter, brûler. La prairie n'est en rien une vaste étendue lisse. Sournoise, elle dissimule des trous, des terriers voire des salissures. Très peu pour moi ! Sans façon, non merci !
Jusqu'au jour où le sel de mes vieux jours, ma petite fille Anouk, m'a fait une curieuse demande. Évadée d'un long et étouffant confinement parisien pour quelques jours de vacances dans notre campagne, elle a supplié : " Dis, je peux me rouler dans l'herbe ? " Un peu déroutée, j'ai consenti.
Telle une minuscule danseuse, elle s'est élancée sur la verte prairie a fait voltiger sa jupette à pois dans un gracieux tourbillon avant de s'enfouir dans l'herbe haute. Ravie !
Alors, j'ai compris. Les vertes prairies, c'est l'espace, la vie, la liberté et je ne suis pas trop grande pour en profiter.

Remarques

Nathalie, le 14/12/20 : Comme dit Michèle "rude" la chute (l'idée) de ta nouvelle "Je n'ai rien oublié", mais si possiblement réelle cette situation !!!
Ton podium est également très bien écrit. A quand l'édition à compte d'auteur ?! ;)...............

Michèle B 6/12/20 J'aime bien l'histoire de "je n'ai rien oublié", un peu rude mais réelle parfois.

Nathalie, le 23/11/20 Les deux textes sont à la fois courts et riches, les yeux glissent le long des mots, de phrase en phrase, sans que rien ne les fasse trébucher... Clair, concis, évocateur et parfois poétique, émouvant ... aussi !... A quand la même chose sur deux pages chère Chantal ! ;)
J'ai particulièrement aimé "je vacille de déception, au bord de l'amertume." et "le sel de mes vieux jours"

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